Les photos sont de Lyriann
Sur le tapis de feuilles, entre les futs sombres des grands chênes, mon
esprit s'égare. Les feuilles d'or accrochent la ramure de mon esprit, les branches à terre craquent sous mes pas. Odeur d'humus en tourbillon, l'humidité végétale imprègne ma peau, ma chevelure,
s'insinue par tous les pores pour me rendre à mon état primordial. Mon âme vibre du chœur puissant des troncs, des murmures aériens du vent dans les
feuilles.
Une droite présence accroche mon regard, attire mes pas. Je scrute vers les
hauteurs pour saluer l'Arbre. Vertige. De ma taille à la sienne, changement d'échelle. La tête me tourne, je reviens à mon niveau. Embrassement, joue contre tronc, rude contact des surfaces,
trouble reconnaissance des espérances. Enfin, le face à face.
Résonance des essences, miroir mat de l'écorce, je me perds dans les sillons profonds
des rides du grand sage. Les deux mains sur le fut, les pieds nus dans la terre, face à mon double ligneux. Ralentissement, immobilité, place trouvée, retrouvée.
De la kératine au bois, de la pilosité aux feuilles, de la peau à l'écorce,
en écho mon corps se transmute. Au cœur de ce labyrinthe ancien, de
lui à moi circulant, l'énergie fraîche de la sève coule en mes veines, nourrit mon esprit de ses contes premiers, berce mon âme du chant du matin du monde.
Musique limpide sur le tempo lent de la croissance
végétative.
Eblouissement figé, emportement
immobile, danse gracile des énergies subtiles.
Symphonie du végétal sur la portée de la joie féminine.
Vers la lumière monte mon cri de vie.
Dans le silence de tronc en tronc rebondit.
Au creux de la forêt éveille le merveilleux endormi.
Harmonie !
Par Lucie Trellu
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Publié dans : La Passeuse
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