Rencontre avec l'Esprit de la Forêt

Publié le par Lucie Trellu

Plusieurs fois, elle était passé non loin de lui, cheminant sur un sentier un peu oublié. Elle avait senti sa présence, son appel léger qu'une peur enfouie l'avait amenée à ignorer. Elle n'avait pas d'explication pour cette angoisse qu'elle sentait monter à son approche, seulement la certitude que sa source était juste et qu'il serait dangereux de passer outre.
Aussi aujourd'hui, elle avait hésité à emprunter ce raccourci, mais une impulsion au dernier moment l'avait fait changer d'avis. Et maintenant qu'elle arrive en vue de la portion du chemin où le malaise se manifeste d'ordinaire, un calme blanc l'envahit, une nappe de tranquillité qui
paradoxalement la trouble.
La nuit est proche, les ombres longues, et le sous-bois sombre est peu à peu envahit par la fraîcheur du soir venant. Pourtant nul frisson ne la parcourt, malgré son vêtement un peu léger pour la saison, au contraire elle se sent comme enveloppée d'une agréable tiédeur. Un peu étourdie de cette rencontre enfin permise, elle s'autorise à tourner les yeux dans sa direction et le découvre pour la première fois.



Dans le sous-bois parsemé de petits chênes et jonché de feuilles mortes, il s'élance vers le ciel avec une énergie étonnante, portant feuilles encore vertes malgré l'avancée de l'hiver.

Six troncs en étoile, une même essence.
L'un et le multiple en résonance.


De sa vigueur hivernale émane la douce chaleur qui la baigne et fait tomber ses dernières défenses. Elle pose un pied en-dehors du sentier, puis un autre, et s'enhardit à s'approcher jusqu'à le toucher.

Etincelle.
Coup de foudre sylvestre.


Sa main encore engourdie prudemment éloignée, elle le contemple longuement, sourdement effrayée malgré la manifeste levée de l'interdit. Trop d'attente, trop d'envie, entre eux la tension est électrique, palpable, et de ce fait dangereuse. Désormais le danger réside dans le temps qui les éloigne.
Pourtant la peur en elle se niche, elle est trempée d'une sueur froide qui peu à peu la glace. Pour la première fois depuis très longtemps, elle ne sait si c'est un désir de puissance ou une juste quête de sens qui la guide. Or elle sait qu'en la matière, elle n'a pas droit à l'erreur. Alors malgré l'attraction puissante du pilier à six branches, elle prend le temps d'entonner le chant de son âme, faisant taire en elle toute autre énergie, toute émotion, toute impatience. La vibration calme en elle toute peur, et elle entend, émerveillée, l'arbre adoucir sa vibration sauvage et la canaliser en une mélodie qui vient s'unir à la sienne, en une danse sonore, symphonie enchanteresse qu'ils ne font taire qu'à regret.

Alors, désormais sûre de la justesse de son acte, elle entre dans la ronde des troncs, se tient bien droit en leur centre et lève les bras au ciel, septième pilier à l'âme humaine. Aussitôt un souffle s'élève en spirale autour d'elle, l'enrobe d'une énergie en tourbillon. Ses cheveux crépitent, sa peau se hérisse, elle en a le souffle coupé et la vue brouillée.
Elle sent monter par ses pieds nus la sève nourricière, qui l'emplit d'une lumière visqueuse et teinte sa peau de brun, ses cheveux de vert sombre. Au bout de ses doigts, les ongles se muent en bois, les bourgeons éclatent en feuilles tendres, son visage se couvre de mousse, son corps d'une écorce souple.
En elle bat le c
œur de la Forêt, l'Esprit sauvage et ses tambours anciens. Au son de ce rythme elle grandit, son âme pousse et déborde de son corps sylvestre, pour s'étendre jusqu'aux limites de la forêt.
Enfin elle ose ouvrir les yeux, et face à elle, un visage. Un jeune homme aux traits fins, au regard doux, lui sourit. Présence évanescente, aux limites impalpables, esprit à peine incarné qui tend les bras pour l'embrasser. Serrée contre lui, elle sent à peine sa matérialité, mais son essence l'imprègne d'une magie ancienne, élémentaire, vent et bois mêlés en une symphonie équilibrée. Leurs lèvres enfin se joignent, et dans ce baiser d'immortalité, amour et nom échangés, elle sait sans mots qui il est.

Ethanfalael.
Maître de la Clairière, des Vents et des Bois.


Juste avant qu'elle ne sombre dans une bienheureuse inconscience, quelques mots murmurés : "Mon nom unique à toi seule dévoilé, secret tu devras garder, Telennael tous m'appellent, mais pour toi, mon intime, je serai Telenn."

 

Publié dans La Passeuse

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Commenter cet article

krapo 21/02/2009 23:34

Bonjour Lucie,tu as vraiment une jolie plume,un texte beau, simple et émouvant.Tu as rencontré la yeuse et l'échange a eu lieu...merci pour ces mots, bonne soirée

Lucie Trellu 22/02/2009 11:36



Merci à toi Krapo d'avoir partagé avec moi cette rencontre...
La yeuse en effet m'a bien inspirée,
les arbres toujours sont de riches interlocuteurs !



Lyriann Alkinoos 19/02/2009 19:23

Ooooooooooh ben dis-donc... Splendide. J'en reste coi.

Lucie Trellu 19/02/2009 22:52



Vraiment ? Alors tu savoures mes mots comme je déguste tes images...



ADAMANTE 18/02/2009 19:20

Partage d'une force, rayonnement de vie, envie, par vous, de rejoindre la communauté.AD

Lucie Trellu 18/02/2009 20:09



Je suis bien contente de susciter une nouvelle vocation, bonne continuation Adamante, et bienvenue parmi mes lecteurs !



Mélusine 18/02/2009 16:56

Surtout continue !!!! Au plaisir de te lire !

Lucie Trellu 18/02/2009 20:06



Merci Mélusine et bonne soirée...



Mélusine 18/02/2009 16:24

Ce texte est magnifique... On penserait presque à une histoire vécue, une vraie rencontre. On sent cette émotion et cette énergie que seule la nature peut nous insuffler. Mille mercis...

Lucie Trellu 18/02/2009 16:30



Merci à toi Mélusine de tes mots qui sont un encouragement pour mon aventure d'écriture...
Oui, c'est la nature qui m'insuffle énergie et inspiration, la nature qui peu à peu se réveille...