Mardi 10 mars 2009
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Elle s'est éloignée du sentier creusé dans la terre par des milliers de pas
emportés par la routine du quotidien. Soudainement, elle ne s'est plus reconnu dans cette trace, ce sillon. Son corps à l'arrêt, elle a ouvert les yeux sur le paysage qui l'entourait, et elle a
vu. En réponse à l'éveil de son regard, les couleurs se sont faites plus vives, les contours plus nets. Elle a posé un pied en-dehors du sentier, puis deux, et soudainement, elle s'est senti
libérée.
Devant elle, une mer de possibles, un océan de promesses. Elle a marché un moment dans les hautes herbes, puis elle est arrivé au pied du tas de pierre, et elle a senti, brusquement, qu'un Chemin
passait là. Non pas un sentier tracé par le passage des hommes ou des bêtes, mais un de ces Chemins qui font le tour du globe en une danse sacrée, inscrits dans l'énergie du lieu.
La piste mouchetée était mobile, c'était un Chemin d'Air, celui-ci est fixe, ancré, c'est un Chemin de Pierre. Il est marquée d'une empreinte féminine inconnue d'elle, qui la trouble. Elle n'est
pas encore prête à l'emprunter, même pour un temps, et pourtant elle a du mal à détacher son être de son magnétisme. C'est un Chemin puissant, assurément, peut-être trop pour elle encore. Elle se
risque quand même à grimper sur le tas de pierres et à entrer dans le flot d'énergie, murmurant son chant intime.
Face au Chemin qui passe, elle se sent comme emportée, grisée. Son esprit
encore marqué par l'Air est frappée de toutes parts par la rudesse, la lourdeur, de la Pierre, qui la scotche littéralement. Mais elle n'est pas surprise, et entonnant son chant avec force
désormais, elle fait appel au vent qui, docile, la soulève avec grâce au-dessus des pierres et la dépose dans la danse des herbes folles. Elle aime bien pourtant cette énergie stable qu'elle a
goûtée là-haut. Bientôt peut-être sera venu pour elle le temps du minéral...
Par Lucie Trellu
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Vendredi 20 février 2009
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2009
09:05
Plusieurs fois, elle était passé non loin de lui, cheminant sur un sentier
un peu oublié. Elle avait senti sa présence, son appel léger qu'une peur enfouie l'avait amenée à ignorer. Elle n'avait pas d'explication pour cette angoisse qu'elle sentait monter à son
approche, seulement la certitude que sa source était juste et qu'il serait dangereux de passer outre.
Aussi aujourd'hui, elle avait hésité à emprunter ce raccourci, mais une impulsion au dernier moment l'avait fait changer d'avis. Et
maintenant qu'elle arrive en vue de la portion du chemin où le malaise se manifeste d'ordinaire, un calme blanc l'envahit, une nappe de tranquillité qui paradoxalement la trouble.
La nuit est proche, les ombres longues, et le sous-bois sombre est peu à peu envahit par la fraîcheur du soir venant. Pourtant nul frisson ne la parcourt, malgré son vêtement un peu léger pour la
saison, au contraire elle se sent comme enveloppée d'une agréable tiédeur. Un peu étourdie de cette rencontre enfin permise, elle s'autorise à tourner les yeux dans sa direction et le découvre
pour la première fois.
Dans le sous-bois parsemé de petits chênes et jonché de feuilles mortes, il s'élance vers le ciel avec une énergie étonnante, portant
feuilles encore vertes malgré l'avancée de l'hiver.
Six troncs en étoile, une même essence.
L'un et le multiple en résonance.
De sa vigueur hivernale émane la douce chaleur qui la baigne et fait tomber ses dernières défenses. Elle pose un pied en-dehors du sentier, puis un
autre, et s'enhardit à s'approcher jusqu'à le toucher.
Etincelle.
Coup de foudre sylvestre.
Sa main encore engourdie prudemment éloignée, elle le contemple longuement, sourdement effrayée malgré la manifeste levée de l'interdit. Trop d'attente, trop d'envie, entre eux la tension est
électrique, palpable, et de ce fait dangereuse. Désormais le danger réside dans le temps qui les éloigne.
Pourtant la peur en elle se niche, elle est trempée d'une sueur froide qui peu à peu la glace. Pour la première fois depuis très longtemps, elle ne sait si c'est un désir de puissance ou une
juste quête de sens qui la guide. Or elle sait qu'en la matière, elle n'a pas droit à l'erreur. Alors malgré l'attraction puissante du pilier à six branches, elle prend le temps d'entonner le
chant de son âme, faisant taire en elle toute autre énergie, toute émotion, toute impatience. La vibration calme en elle toute peur, et elle entend, émerveillée, l'arbre adoucir sa vibration
sauvage et la canaliser en une mélodie qui vient s'unir à la sienne, en une danse sonore, symphonie enchanteresse qu'ils ne font taire qu'à regret.
Alors, désormais sûre de la justesse de son acte, elle entre dans la ronde des troncs, se tient bien droit en leur centre et lève les
bras au ciel, septième pilier à l'âme humaine. Aussitôt un souffle s'élève en spirale autour d'elle, l'enrobe d'une énergie en tourbillon. Ses cheveux crépitent, sa peau se hérisse, elle en a le
souffle coupé et la vue brouillée.
Elle sent monter par ses pieds nus la sève nourricière, qui l'emplit d'une lumière visqueuse et teinte sa peau de brun, ses cheveux de vert sombre. Au bout de ses doigts, les ongles se muent en
bois, les bourgeons éclatent en feuilles tendres, son visage se couvre de mousse, son corps d'une écorce souple.
En elle bat le cœur
de la Forêt, l'Esprit sauvage et ses tambours anciens. Au son de ce rythme elle grandit, son âme pousse et déborde de son corps sylvestre, pour s'étendre jusqu'aux limites de la forêt.
Enfin elle ose ouvrir les yeux, et face à elle, un visage. Un jeune homme aux traits fins, au regard doux, lui sourit. Présence évanescente, aux limites impalpables, esprit à peine incarné qui
tend les bras pour l'embrasser. Serrée contre lui, elle sent à peine sa matérialité, mais son essence l'imprègne d'une magie ancienne, élémentaire, vent et bois mêlés en une symphonie équilibrée.
Leurs lèvres enfin se joignent, et dans ce baiser d'immortalité, amour et nom échangés, elle sait sans mots qui il est.
Ethanfalael.
Maître de la Clairière, des Vents et des Bois.
Juste avant qu'elle ne sombre dans une bienheureuse inconscience, quelques mots murmurés : "Mon nom unique à toi seule dévoilé, secret tu devras garder, Telennael tous m'appellent, mais pour toi,
mon intime, je serai Telenn."
Par Lucie Trellu
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Vendredi 30 janvier 2009
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2009
11:49
Marchant un peu en automate, sur le chemin de l'habitude, elle se rend dans
les bois. Son souffle en nuage, les mains bien au fond des poches en mouton retourné, les pieds sous deux épaisseurs de chaussette. Il fait froid. Son esprit est encore engourdi, comme son corps
qui fonctionne au ralenti.
Et puis soudain, au coin de l'œil, un scintillement
insolite. Elle s'arrête, se retourne d'un bloc pour ne pas désolidariser ses bras plaqués contre son torse, à la recherche de la moindre économie d'énergie, et fait face à un arbuste, qui a
poussé l'air de rien au bord du chemin.
Son angle de vue a changé, plus rien ne scintille, mais l'insolite demeure : il porte des bourgeons ! Elle a beau avoir assisté à des choses bien plus étranges, curieusement, elle n'y croit pas.
Elle s'approche, c'est vrai qu'ils sont cureusement placés, ces "bourgeons". Elle commence à tourner autour de l'arbuste, l'esprit et le corps moins crispés, réchauffée qu'elle est de l'intérieur
par cette rencontre inattendue, ce mystère hivernal.
Lorsque le soleil repointe le bout de son nez, l'arbre s'illumine de tous ses "bourgeons", et son esprit s'éclaire. Des gouttes ! Ce sont des gouttes d'eau, figées par le gel en minuscules perles
suspendues aux branches... Saisie par ce spectacle, elle en oublie le froid, et sortant une main de sa poche, tend un doigt timide vers la parure cristalline. A peine a-t-elle effleuré une des
gouttes glacées que dans son cœur l'arbre fait éclore la
promesse du printemps à venir que son esprit avait planté par la vision première des bourgeons, germe d'espoir qui fait vibrer les deux êtres à l'unisson. Chaleur contenue, échangée, la goutte
réchauffée glisse le long du doigt, telle une larme de joie...
Par Lucie Trellu
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Publié dans : La Passeuse
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