Lundi 20 avril 2009
1
20
04
2009
15:10
Silence - le silence scrutateur et éperdu de l’écrivain en mal d’inspiration
-, les yeux perdus dans l’abîme de la feuille blanche, désespérée, elle entend peu à peu le silence s’enrouler autour de sa plume et peser sur sa mémoire. Les idées qui se bousculaient autour
d’elle, lorsqu’elle dansait sur la montagne, sont restées accrochées dans l’azur du ciel. Tout lui paraissait pourtant si simple alors ; tout s’enchaînait dans une logique sans faille. Peut-être
trop d’ailleurs : il a suffi qu’elle laisse échapper un murmure pour que celui-ci entraîne toutes ses pensées dans le vent des hauteurs. Ce souffle qui parcourt le monde gardera pour lui toute
l’inspiration et le message si longuement médité au creux d’une caverne, si patiemment élaboré dans le délire de la danse, si souvent hurlé dans le silence des cimes, et devenu
insaisissable.
Abandonnant tout espoir de jamais le rattraper, renonçant à toute nouvelle tentative - sans aucun doute tout aussi laborieuse et infructueuse -, elle pose sa plume dans un soupir où se mêlent soulagement et tristesse et entreprend de déchirer cette surface rebelle à son enthousiasme. Elle en fait une montagne de légers flocons de papier qu’elle dispose dans la coupe de ses mains jointes. Elle se met debout et frissonne au contact de l’herbe humide en rejoignant le cours d’eau. Portant ses mains au-dessus des flots, elle souffle sur ce symbole palpable de son incapacité à s’exprimer, qui disparaît rapidement dans le courant rapide. Elle baisse les bras, son regard s’essaye un moment à saisir l’incessant mouvement de l’eau, enfin elle s’allonge avec délice dans un lit profond de mousse imprégnée d’eau glacée. Un froid intense l’envahit, anesthésiant ses pensées, ses passions. Elle fixe longuement l’azur estival, presque blanc de lumière, puis abaisse, entre elle et lui, l’absolu de ses paupières.
Son regard hésite un instant au seuil de son esprit, mais elle ouvre les yeux à l’intérieur d’elle-même ; il doit plonger au plus profond de son âme pour contempler le ciel gris d’un hiver mélancolique, où de paresseux moutons de neige promènent leurs contours incertains. Il se met à pleuvoir de gros flocons qui, en tombant dans le ciel, y dessinent de larges taches claires. Bientôt celui-ci est aussi blanc qu’une page déserte. Elle lève la main vers lui, veut crier son amour, sa haine, ses révoltes et ses espoirs, mais ses mots sont happés par une brise sournoise qui s’éloigne dans un rire clair.
Une larme mouille sa paupière et son regard remonte des abîmes pour se poser sur sa main tendue vers le soleil. Elle rit d’un rire nerveux qui s’efforce d’oublier, tout en faisant jouer ses doigts dans la lumière, puis se lève d’un mouvement souple et remonte le cours du torrent jusqu’à une retenue d’eau naturelle. Elle se penche au-dessus du miroir fluide, observe un moment ce Narcisse en puissance, avant de l’embrasser dans un élan d’égocentrisme, baiser glacé qui lui laisse une étrange sensation de paix.
Abandonnant tout espoir de jamais le rattraper, renonçant à toute nouvelle tentative - sans aucun doute tout aussi laborieuse et infructueuse -, elle pose sa plume dans un soupir où se mêlent soulagement et tristesse et entreprend de déchirer cette surface rebelle à son enthousiasme. Elle en fait une montagne de légers flocons de papier qu’elle dispose dans la coupe de ses mains jointes. Elle se met debout et frissonne au contact de l’herbe humide en rejoignant le cours d’eau. Portant ses mains au-dessus des flots, elle souffle sur ce symbole palpable de son incapacité à s’exprimer, qui disparaît rapidement dans le courant rapide. Elle baisse les bras, son regard s’essaye un moment à saisir l’incessant mouvement de l’eau, enfin elle s’allonge avec délice dans un lit profond de mousse imprégnée d’eau glacée. Un froid intense l’envahit, anesthésiant ses pensées, ses passions. Elle fixe longuement l’azur estival, presque blanc de lumière, puis abaisse, entre elle et lui, l’absolu de ses paupières.
Son regard hésite un instant au seuil de son esprit, mais elle ouvre les yeux à l’intérieur d’elle-même ; il doit plonger au plus profond de son âme pour contempler le ciel gris d’un hiver mélancolique, où de paresseux moutons de neige promènent leurs contours incertains. Il se met à pleuvoir de gros flocons qui, en tombant dans le ciel, y dessinent de larges taches claires. Bientôt celui-ci est aussi blanc qu’une page déserte. Elle lève la main vers lui, veut crier son amour, sa haine, ses révoltes et ses espoirs, mais ses mots sont happés par une brise sournoise qui s’éloigne dans un rire clair.
Une larme mouille sa paupière et son regard remonte des abîmes pour se poser sur sa main tendue vers le soleil. Elle rit d’un rire nerveux qui s’efforce d’oublier, tout en faisant jouer ses doigts dans la lumière, puis se lève d’un mouvement souple et remonte le cours du torrent jusqu’à une retenue d’eau naturelle. Elle se penche au-dessus du miroir fluide, observe un moment ce Narcisse en puissance, avant de l’embrasser dans un élan d’égocentrisme, baiser glacé qui lui laisse une étrange sensation de paix.


