Nephilim

Mercredi 21 septembre 2005 3 21 09 2005 00:00

Éparpillement de l'esprit qui s'évapore, alchimie subtile de l'encens d'essence, magie de la dispersion de l'être dans les champs subtils, éthers célestes transcendés par l'Athanor terrestre. Flux majestueux autant que frivole de ces filaments multicolores, où le pentacle dérive paresseusement. Mais la menace de se disloquer, happé par ces énergies fondamentales, grandit sans cesse. Ressaisiment, effarement, il scrute autour de lui en quête du Soleil, Ka si étranger et pourtant vital, ancrage nécessaire dans ce monde matériel, reflet dans les Champs de cette chair qui est une prison autant qu'un outil pour reconquérir son futur. Angoisse qui le pousse à cheminer le long d'un champ de Terre solide et épais, réconfort du Faërim désincarné.

Et soudain, l'espoir : sphère dorée dans la danse des champs magiques, un humain arrive. Appréhension de la résistance, mais la puissance du Déchu est intacte et ses branches s'enroulent autour de l'essence solaire de cet être si différent de lui dont la volonté s'efface. Incarnation : malédiction sans cesse répétée et pourtant vitale.

Tremblements violents, le corps s'effondre, un moment privé de maître, puis les traits s'apaisent. Un sourire se dessine, une main se lève vers le visage. Découverte de ce nouveau véhicule, exploration des traits. Et soudain les yeux qui s'ouvrent, sur des pupilles d'un vert profond, sur un regard intense, déterminé et triste tout à la fois. Lentement, gracieusement, des oreilles en pointe émergent de la chevelure, devenue de courte et blonde un flot châtain. Reflets verts colorent la peau de mousse. Effluves frais d'humus et de feuilles parviennent aux narines du Faërim, qui observe avec un sourire de satisfaction ses ongles épais qui prennent peu à peu la texture d'un bois très dur.

Il se relève et inspire longuement, ouvrant grand ses bras pour accueillir cette renaissance. Puis il se met à penser "elle", dans sa jupe rouille et son corsage. C'est la première fois qu'il incarne une femme. Pensée en suspens, il savoure la nouveauté de l'expérience en quelques pas légers. Très agréable. Agile, souple, jeune. Une grande satisfaction l'envahit, il se sent prêt à partir à la découverte de monde nouveau, forcément nouveau, au vu du décalage temporel qu'il constate dans l'esprit de son hotesse. Près de mille ans ! Les choses ont dû bien changer...

Il fait quelques pas, fouille rapidement dans l'herbe et saisit avec douceur une petite statuette en os, qu'il glisse dans sa poche, avant de s'éloigner sur le sentier d'un pas assuré.


Par Lucie Trellu - Publié dans : Nephilim - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Vendredi 12 août 2005 5 12 08 2005 00:00

Parole et parabole, les mots s'enfuient à toutes jambes. Danse frénétique des lettres épileptiques, acrobaties des syllabes enfuies, contorsions impossibles de la grammaire échevelée. Mon esprit s'embrouille, se brouille avec la langue.

Langue des hommes, langue de bois. Mots léchés et pourtants non-sens, insensibles à la vibration luminescente du sens. Rayons fugitifs qui se font persistant au fil du temps, jonctions qui magnifient les éléments, noeuds d'énergie magnifique venue du fond des cieux, des étoiles nos ancêtres.

Quand chevaucherons-nous à nouveau le souffle vital qui déposa voici un fragment d'éternité les germes de nos existences sur ce graal magique qu'est la Terre ? Quand reprendrons-nous notre course éternelle dans le vide étincelant, dans la plénitude de la désincarnation ? Ce terme nous effraie aujourd'hui, mais il y a peu, non seulement il constituait notre état, mais il ne nous était pas nécessaire, puisque notre existence se situait au-delà des corps humains et de leurs rudimentaires moyens de communication. Nous nous sommes forgés notre propre langue pour pallier notre enfermement dans ces chairs malhabiles, mais souvenez-vous quand nous nous passions de tout cela et que nous jouiions dans les remous des flux magiques baignant Kaïa, quand nous échangions nos expériences d'une façon infiniment plus subtile, quand nous nous associions pour découvrir les domaines élémentaires et bâtir des royaumes, maniant les énergies avec souplesse et désinvolture, assurés que, libéré du joug des sauriens adorateurs de la Lune honnie, nous serions à jamais maîtres de ce graal primordial.

Nous voilà déchus, brutalement ramenés à la matérialité par la morsure de ce métal venu des cieux et la révolte de nos protégés porteurs de ce Soleil que nous convoitions tant, qui seul manquait à notre splendeur. Déchus, c'est ainsi qu'on appelle désormais, condamnés à s'incarner dans cet univers matériel qui n'est que le voile posé sur l'essence du réel, sur ces flux élémentaires qui constituent tout le reste et dont nous sommes irrémédiablement coupés, nous qui en sommes issus, qui y sommes nés et qui les avons explorés depuis l'aube des temps.

Je me souviens... je nageais avec volupté dans les laves et je dansais dans les flammes. Je ravageais de mon souffle brûlant les contrées de mes frères, je goûtais avec ravissement la lueur des fusions, j'étais la braise, l'incendie, et lorsque je venais à rencontrer l'eau, je me révulsais, je me rétractais.

Quand je pense qu'aujourd'hui, si je veux avoir une chance de communiquer avec le peuple qui m'héberge, je dois laver mon corps avec cet élément avec un minimum de régularité... Rien que d'y penser me hérisse... Je suis fasciné par ceux d'entre nous qui désormais passent leurs journées dans les piscines et les baignoires, les lacs et la mer, jouissant sans entraves de leur élément auquel le corps humains n'est pas réfractaire. Quand à moi et à mes emblables, jamais plus nous ne pourrons danser les flammes, sans compter être le coeur même du brasier...

Pauvre de nous, errants dans ce monde étrange et déroutant...

Et pourtant, un espoir subsiste toujours, un jour naîtront des clefs, des êtres hybrides qui maîtriseront nos pouvoirs et seront à la fois pleinement humains. Ce n'est qu'une rumeur, me direz-vous, mais je sais qu'elle est juste, je le sens. Ceux-là seront la nouvelle génération, qui spontanément associera les éléments et le Soleil, celui-là même dont la quête nous a tant coûté.

Alors, si nous avons la sagesse et de les guider et de les suivre tout à la fois, peut-être aurons-nous une chance de reprendre notre route vers la réalisation, l'Agartha tant espéré...


(Extrait du journal d'Azclepian, 1982, Londres) 

 
Par Lucie Trellu - Publié dans : Nephilim - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Jean Staune

Je vous recommande l'ouvrage de Jean Staune, Notre existence a-t-elle un sens ?


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