Cocon
Il est étrange de constater la satisfaction qu'apporte une journée consacrée avec énergie au récurage de la cuisine, ou toute autre tache ménagère d'une certaine ampleur. On se sent intensément fier de ce que l'on a entrepris, et du résultat pimpant. Personnellement, quand ça me prend, l'envie de nettoyage ne me lâche pas de la journée, et je vais de crasse en crasse, passant sans égard pour la faim ou la fatigue du carrelage de la cuisine à l'évier puis au plancher, etc. Généralement, à la fin, je suis collante de sueur, imprégnée d'une odeur étrange, mélange de sueur, de produits ménagers et de graisses cuites... et je ne sens plus ni mes bras, ni mes jambes, les mains crispées d'avoir récuré toutes sortes de surfaces, désormais reluisantes de propreté. Voilà à quoi a ressemblé mon samedi. Je me suis principalement attaqué à la cuisine. Le salon et la chambre avait déjà précédemment bénéficié d'un traitement similaire. Il me reste la salle de bains, les miroirs et les vitres et je serai venue à bout de mon nettoyage d'automne.
Malgré cette satisfaction ménagère, la journée d'aujourd'hui, passée à bouquiner dans une atmosphère propre et rangée, petit cocon douillet face à l'hiver froid au-dehors, m'a laissé un sentiment diffus de malaise. Sans doute parce que le sentiment d'avoir achevé quelque chose s'apparente de loin à la mort ? Ne souriez pas, réfléchissez-y, et vous verrez que ce que je dis n'est pas sans fondement... Je ne me sens jamais autant vivante que lorsque quelque chose commence ou se déroule (déménagement, rangement, préparation, plans, actions, marche...), mais arrivée au but (installée, rangée, sommet, propre...) je suis envahie par un sentiment de vide.
Un bon exemple est la marche en montagne : le moment du départ est toujours un peu difficile, il faut quitter la chaleur douillette de la voiture ou de la tente pour se jeter sur le chemin dans le froid et la brume matinale, mais ensuite la marche d'approche permet de réchauffer les muscles et le coeur s'habitue peu à peu à l'effort, au point que ça en devient un plaisir profond de sentir son corps arpenter le sentier et nous porter toujours plus haut. Puis vient l'ascension proprement dite, et là l'effort plus intense amène à se concentrer sur l'instant, la volonté porte toujours plus haut, à la recherche du paysage "derrière". Et enfin, on arrive au sommet. C'est fini, on y est, on voit le paysage aux alentours, on savoure l'arrêt de l'effort, la saine fatigue, le silence, l'odeur de l'altitude et la clarté de l'air, car la brume est levée depuis un moment maintenant. On mange un morceau, pain, saucisson, fromage, peut-être un melon si l'été approche. Une bonne rasade de jus de pomme, et le vide s'instille peu à peu, insidieusement. On ne peut pas aller plus haut maintenant, on ne peut que redescendre. Et la descente est toujours plus éprouvante que la montée, surtout pour moi qui souffre d'un genou fragile. La descente est inexorable, et peu à peu, imminente, le froid de la fin de journée tombe et le quotidien nous attend. C'est un moment terrible que celui qui précède la descente, un moment en suspens que l'on feint d'ignorer jusqu'à ce qu'il s'impose. Voilà qui se rapproche de mon état d'esprit d'aujourd'hui : la certitude d'avoir atteint un moment d'apaisement douillet qui va s'achever inéluctablement, et le vide qui l'accompagne.
Mais comment faire pour continuer à grimper quand on a atteint le sommet ? A part se faire pousser des ailes... Peut-être devrais-je étudier la question, car alors, je pourrais planer sans avoir besoin de redescendre. Mais l'intérêt de la montée ne réside-t-il pas dans le fait qu'il y ait un sommet ? Ne se lasserait-on pas d'être toujours en haut ? Voilà des questions bien humaines... De celles qui nous taraudent tous, et que l'on repousse de la main à grands coups d'alcool, de sexe ou d'adrénaline... Je dois avouer humblement que je ne fais pas exception à la règle, et que ces interrogations icariennes, je vais tenter du mieux que je peux de les noyer dans le sommeil bientôt...
Malgré cette satisfaction ménagère, la journée d'aujourd'hui, passée à bouquiner dans une atmosphère propre et rangée, petit cocon douillet face à l'hiver froid au-dehors, m'a laissé un sentiment diffus de malaise. Sans doute parce que le sentiment d'avoir achevé quelque chose s'apparente de loin à la mort ? Ne souriez pas, réfléchissez-y, et vous verrez que ce que je dis n'est pas sans fondement... Je ne me sens jamais autant vivante que lorsque quelque chose commence ou se déroule (déménagement, rangement, préparation, plans, actions, marche...), mais arrivée au but (installée, rangée, sommet, propre...) je suis envahie par un sentiment de vide.
Un bon exemple est la marche en montagne : le moment du départ est toujours un peu difficile, il faut quitter la chaleur douillette de la voiture ou de la tente pour se jeter sur le chemin dans le froid et la brume matinale, mais ensuite la marche d'approche permet de réchauffer les muscles et le coeur s'habitue peu à peu à l'effort, au point que ça en devient un plaisir profond de sentir son corps arpenter le sentier et nous porter toujours plus haut. Puis vient l'ascension proprement dite, et là l'effort plus intense amène à se concentrer sur l'instant, la volonté porte toujours plus haut, à la recherche du paysage "derrière". Et enfin, on arrive au sommet. C'est fini, on y est, on voit le paysage aux alentours, on savoure l'arrêt de l'effort, la saine fatigue, le silence, l'odeur de l'altitude et la clarté de l'air, car la brume est levée depuis un moment maintenant. On mange un morceau, pain, saucisson, fromage, peut-être un melon si l'été approche. Une bonne rasade de jus de pomme, et le vide s'instille peu à peu, insidieusement. On ne peut pas aller plus haut maintenant, on ne peut que redescendre. Et la descente est toujours plus éprouvante que la montée, surtout pour moi qui souffre d'un genou fragile. La descente est inexorable, et peu à peu, imminente, le froid de la fin de journée tombe et le quotidien nous attend. C'est un moment terrible que celui qui précède la descente, un moment en suspens que l'on feint d'ignorer jusqu'à ce qu'il s'impose. Voilà qui se rapproche de mon état d'esprit d'aujourd'hui : la certitude d'avoir atteint un moment d'apaisement douillet qui va s'achever inéluctablement, et le vide qui l'accompagne.
Mais comment faire pour continuer à grimper quand on a atteint le sommet ? A part se faire pousser des ailes... Peut-être devrais-je étudier la question, car alors, je pourrais planer sans avoir besoin de redescendre. Mais l'intérêt de la montée ne réside-t-il pas dans le fait qu'il y ait un sommet ? Ne se lasserait-on pas d'être toujours en haut ? Voilà des questions bien humaines... De celles qui nous taraudent tous, et que l'on repousse de la main à grands coups d'alcool, de sexe ou d'adrénaline... Je dois avouer humblement que je ne fais pas exception à la règle, et que ces interrogations icariennes, je vais tenter du mieux que je peux de les noyer dans le sommeil bientôt...
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