L'appel aux fées
Les arbres mélancoliques tendent leurs branches vers la rivière et appellent les fées de leur souffle impalpable. La brise du soir leur prête sa voix en faisant frémir doucement les feuilles encore accrochées aux branches, tenaces. Certaines y resteront tout l'hiver, pour ne tomber qu'au printemps, poussées par l'arrivée des premiers bourgeons. Mais la plupart a déjà formé un tapis brun-rouge aux pieds des arbres, ou descendu le cours de l'eau. Esseulés, les petits chênes, les hêtres, les érables, en appellent aux esprits des bois pour venir leur tenir compagnie en ces longues nuits d'hiver. Quelques promeneurs sont bien passés par le sentier, mais ils ne font guère attention aux arbres dépouillés, et les oiseaux, comme les rongeurs, se font plus rares avec le froid qui s'intensifie.
Alors des pierres en tas monte une mélodie souterraine, accompagnée de bruissement d'ailes et de murmures étouffés. Puis des petits corps graciles apparaissent un à un, baillant, s'étirant, défroissant leurs ailes et leurs robes légères, goutant l'air pur et froid. De grands yeux étonnés dans des visages pâles encadrés de chevelures d'argent aux fils impalpables. Et enfin des rires cristallins se propagent tels une trainée de poudre, les fées s'envolent et entourent les arbres de leur babillage insouciant, les cajolent, les bercent. Peu à peu, chacune choisit son perchoir, s'y installe et entame un long échange silencieux qui durera toute la saison froide, jusqu'à l'arrivée des premiers bourgeons. Si discrètes qu'on les croirait invisibles, elles sont pourtant bien là, allongée sur une branche ou enlaçant un tronc, les petites fées des arbres l'hiver.