Matin du monde

Publié le par Lucie Trellu

Le souffle blanc de l’oiseau noir passe sans bruit sur les eaux. C’est un matin de début du monde, calme et doux. Après le fracas des premiers cris, est venu le temps d’une attente sereine. Des formes se profilent ici et là, encore paresseuses, dans le sillage de l’oiseau noir. Le silence est feutré, ponctué de quelques clapotis indistincts, et la lumière d’un gris sans ombre. Tout ici berce les sens, rien ne les heurte. Sans la présence de l’oiseau noir, le monde peut-être retournerait insensiblement au néant, faute de stimulation.
Mais l’oiseau est là. D’ailleurs il n’est plus tout à fait noir, et déjà des reflets bleutés apparaissent sur ses plumes, qui de ce fait affirment leur individualité dans ce qui n’était qu’un plumage uniforme. La courbe de son bec appelle un reflet luisant, il donne un coup impatient en direction de l’horizon, et en réponse un globe encore incertain apparaît et lance quelques rayons dorés. Lumière, chaleur timide, clin d’œil de l’oiseau noir qui est le premier Corbeau : le jour est là.
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Publié dans Ecrits-Visions

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