L'anis et les nuages
Couchée sur l'herbe fraîche, dans la pente légère de la colline, la tête vers le bosquet de hêtres, les pieds vers la rivière, elle contemple le ciel. Son visage est détendu, rayonnant d'une lumière paisible, entouré d'une aura de cheveux blonds. L'air doux, le calme de cette journée printanière l'incitent à la rêverie. Elle est elle, simplement, et goûte cette solitude de l'âme qui lui permet de flâner à sa manière le long de pensées décousues. En miroir, des petits nuages flottent paresseusement d'un bout à l'autre de la voûte céleste, d'un blanc pur. Légers, indolents, ils emportent avec eux des bribes de réflexions inabouties, quelques vers, un air fredonné...

Sur sa langue reposent trois graines d'anis qu'elle a dérobées dans la réserve. Alors que la détente va basculer vers la dissolution, que son esprit par trop fragmenté menace de disparaître, elle les croque. Le goût puissant, surprenant, la ramène, l'unifie dans le frisson de son corps, dans la grimace involontaire. Elle prend alors une grande inspiration, se lève d'un seul bond souple et descend la prairie en courant avec un grand rire. Arrivée à la rivière, elle s'agenouille, puise de l'eau dans ses mains en coupe et boit l'eau claire. La sensation de fraîcheur dans sa bouche l'emplit tout entière, et elle s'assied pour tremper ses pieds nus dans l'onde, le temps de la savourer comme une friandise.