Inconscience enneigée
Elle sent le vent froid et sa caresse insistante, la lumière du soleil qui filtre à travers ses paupières fermées, l'humide cocon de neige qui imbibe peu à peu ses vêtements... Il faut qu'elle se lève, sinon elle ne sera bientôt plus qu'une statue de glace. Cela fait plusieurs fois qu'elle se dit cela. Et sans doute d'autres encore dont elle ne se souvient pas. Avec de moins en moins de conviction, et surtout cette désagréable sensation qu'elle a beau envoyer l'ordre à ses muscles de bouger, ils n'entendent rien. Déconnection. Le froid s'infiltre insidieusement avec l'humide.
Bouge ! Pourtant, elle la sent, sa jambe. Pourquoi refuse-t-elle de bouger ? Elle la voit bien, étendue là, presque engloutie sous la neige fraîche tombée ces derniers temps. D'ailleurs, elle voit tout, le corps allongé, les mains bleues, les cheveux raidis, le sac tombé un peu plus loin, la récolte difficilement trouvée maintenant éparpillée, et une tache rouge qui devrait l'inquiéter, elle le sent, mais elle ne sait plus pourquoi...
Et soudain, dans un éclair, elle comprend ce qui cloche : elle le voit, ce corps qui est le sien ! Elle ne devrait pas se voir ainsi... Elle n'est pas là où elle devrait être, à l'intérieur. Cette distance n'est pas voulue. Que fait-elle là, si haut, si loin ? La tache rouge accroche à nouveau son regard, ainsi qu'une branche en travers du sentier, à hauteur de cavalier. Une branche...
Peu à peu, dans un brouillard, elle revoit la course à cheval dans la forêt, pour ramener sa cueillette, elle sent le choc contre sa poitrine, le souffle coupé, et puis plus rien. Désarçonnée en plein galop. Et cette tache rouge... sa tête aura cogné contre une pierre. Pas étonnant qu'elle ait perdu connaissance... Le temps, le froid ont passé, et sa conscience une fois éveillée a été attirée par les flocons et s'est éloignée insensiblement... Pourtant un lien subsiste, puisqu'elle reçoit encore les sensations de son corps. C'est ce lien qu'elle doit remonter pour imposer à nouveau sa volonté à ses muscles endormis. Non pas qu'elle raffole des gerçures ni des commotions, mais si elle n'est pas encore prête à découvrir ce qui se passera quand ce corps cessera de fonctionner. Il y a encore trop d'entreprises inachevées, trop de choses à découvrir...
Elle se concentre sur le froid, la lumière, reconstruit autour d'elle l'image, la sensation de ce véhicule de chair et de sang. Et brutalement, signe indiscutable, la douleur l'envahit. De tout son corps, elle arrive par vagues et lui arrache un cri puissant, qu'elle nourrit, qu'elle encourage, qu'elle prolonge. Et ce cri comme un fanal attire à lui les sauveteurs, elle le sent. Cependant, elle n'attend pas pour bouger tout ce qu'elle peut, se cramponnant à la souffrance pour ne pas repartir. Car pour l'instant, pour elle, la souffrance, c'est la vie.
Bouge ! Pourtant, elle la sent, sa jambe. Pourquoi refuse-t-elle de bouger ? Elle la voit bien, étendue là, presque engloutie sous la neige fraîche tombée ces derniers temps. D'ailleurs, elle voit tout, le corps allongé, les mains bleues, les cheveux raidis, le sac tombé un peu plus loin, la récolte difficilement trouvée maintenant éparpillée, et une tache rouge qui devrait l'inquiéter, elle le sent, mais elle ne sait plus pourquoi...
Et soudain, dans un éclair, elle comprend ce qui cloche : elle le voit, ce corps qui est le sien ! Elle ne devrait pas se voir ainsi... Elle n'est pas là où elle devrait être, à l'intérieur. Cette distance n'est pas voulue. Que fait-elle là, si haut, si loin ? La tache rouge accroche à nouveau son regard, ainsi qu'une branche en travers du sentier, à hauteur de cavalier. Une branche...
Peu à peu, dans un brouillard, elle revoit la course à cheval dans la forêt, pour ramener sa cueillette, elle sent le choc contre sa poitrine, le souffle coupé, et puis plus rien. Désarçonnée en plein galop. Et cette tache rouge... sa tête aura cogné contre une pierre. Pas étonnant qu'elle ait perdu connaissance... Le temps, le froid ont passé, et sa conscience une fois éveillée a été attirée par les flocons et s'est éloignée insensiblement... Pourtant un lien subsiste, puisqu'elle reçoit encore les sensations de son corps. C'est ce lien qu'elle doit remonter pour imposer à nouveau sa volonté à ses muscles endormis. Non pas qu'elle raffole des gerçures ni des commotions, mais si elle n'est pas encore prête à découvrir ce qui se passera quand ce corps cessera de fonctionner. Il y a encore trop d'entreprises inachevées, trop de choses à découvrir...
Elle se concentre sur le froid, la lumière, reconstruit autour d'elle l'image, la sensation de ce véhicule de chair et de sang. Et brutalement, signe indiscutable, la douleur l'envahit. De tout son corps, elle arrive par vagues et lui arrache un cri puissant, qu'elle nourrit, qu'elle encourage, qu'elle prolonge. Et ce cri comme un fanal attire à lui les sauveteurs, elle le sent. Cependant, elle n'attend pas pour bouger tout ce qu'elle peut, se cramponnant à la souffrance pour ne pas repartir. Car pour l'instant, pour elle, la souffrance, c'est la vie.
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