Fidélité (ou tentative de)

Publié le par Lucie Trellu

Eh oui, je ne suis pas venue hier soir. J'ai manqué à ma parole et je demande humblement pardon. Il faut dire pour ma défense qu'il faisait frais et que je me suis dit que c'était le bon moment, du coup, pour me motiver pour entamer, et avec un peu de chance, achever, le tas informe de linge froissé qui me narguait depuis un moment à côté de la table à repasser. Le genre de dépôt qui finit, au bout d'un temps assez long il est vrai en ce qui concerne, par donner mauvaise conscience. Bref, maintenant la place est nette, mais ça a achevé le peu d'énergie qui me restait. J'aurai pu venir taper trois mots, c'est vrai, mais l'ordinateur n'était pas allumé, et ça a achevé de me décider à rejoindre le fond de mon lit.

Du coup, pour me faire pardonner, je poste également ce soir un court texte que j'ai déclamé pour la première fois au slam et qui est en quelque sorte une profession d'identité. Car si je suis depuis ma petite enfance fascinée par le feu, c'est bien l'eau qui présente la plus grande affinité avec mon être. Si j'étais un Nephilim, je serai très certainement une Naïade. Et je choisirai de porter le nom d'Eledhloriel. Tout ceci n'a de sens que pour moi, bien sûr, mais peut-être en trouvera-t-il pour vous au fur et à mesure...

J'ai soif de mer, de vagues, d'écume, et surtout du perpétuel bruissement du ressac, de ce bruit qui devient fond sonore, support fluctuant de la rêverie marine. Le ronronnement de l'ordinateur me porte moins, forcément. Le vent aussi me manque, chargé d'embruns ; les aiguilles et les pommes de pin ; les chênes verts en pleine croissance ; la chambre de la citerne, fraîche et blanche ; le sable froid sous les pieds nus à la nuit tombée ; les lucioles dans les buissons, près du mur de l'hôtel ; les puces de mer qui assaillent  les mollets en grappes sautillantes ; la maison du banquier et son toit pointu face à la mer ; les dunes, espace intermédiaire et flou ; la source de sainte Anne, qui à mon grand regret n'est plus potable ; l'échine de pierre du dragon en haut de la colline...

Trezaël en un mot me manque. Vent et sable. On ne saurait mieux résumer ce lieu unique, patrimoine inestimable, héritage précieux entre tous. Sauf peut-être la mer. Mais Trezaël n'est pas la mer, c'est le lieu à côté de l'Océan, celui d'où l'on peut approcher la grande étendue. Un havre de paix aux frontières de l'immensité marine. Car la mer n'est pas une résidence, c'est un lieu d'échange, un réceptacle, un interlocuteur non sans danger. Il est bon d'avoir un port d'attache lorsque l'on côtoie la mer, et Trezaël joue ce rôle à merveille.

Mais mon exil n'est que temporaire, et quand viendra le temps des retrouvailles, je les savourerai avec d'autant plus de plaisir que la séparation aura été longue. Sur ces sages paroles, par lesquelles je cherche autant à me persuader qu'autre chose, je vous laisse, amis. 

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Publié dans Journal

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