Eledhloriel - Plongée au cœur du Lac
Elle se tenait au pied du chêne, sous l'ombre bienfaisante du centenaire. Elle sentait la fraîcheur du sable sous la plante de ses pieds, et les rides du lac propageaient jusqu'à elle des ondes fluides et paisibles. L'eau se réveillait peu à peu. Eau du lac, eau qui dort, eau réceptacle. Linwen frémit, le cœur serré d'angoisse : qu'avait-elle fait en éveillant cette onde, tombeau humide au centre de la spirale des bois ? C'était un lieux chargé de puissance, et cela l'avait attirée, mais la profusion végétale faisait écran entre elle et l'Océan. Ce n'était pas là son domaine, bien que ce lieu de puissance relève incontestablement de sa compétence. Elle n'aimait pas ces situations troubles, mais le propre même de l'eau étant de s'infiltrer partout, et de nourrir le végétal, elle devrait s'y faire. Pourtant, elle se sentait faible, loin de sa grotte...
Elle s'éloigna du chêne et ancra ses pieds dans le sable, le contact de cette multitude minérale la rassurant et lui insufflant énergie et confiance. Elle s'accroupit et promena lentement ses doigts ouverts à un pouce de la surface de l'eau, présentant ses paumes perméables à l'influence des profondeurs. Au loin, vers le centre du lac, les rides naissaient à un rythme grandissant, devenant vaguelettes, et bientôt une ébauche de tourbillon se forma. Devant l'imminence de la manifestation, Lin se leva brusquement, arracha le fin voile bleu qui la recouvrait, et bondit en un saut incroyable, une courbe gracieuce et lente qui l'amena à l'aplomb du geyser au moment exact où il jaillit du tourbillon. Son corps translucide et gracile, aux membres allongées en des ondulations impossibles, fut momentanément masqué par le mur d'eau hurlante, puis tout cessa. Dans l'instant. La surface du lac était à peine soulevée de quelques rides éparses, qui moururent bientôt. Seul le tissu déchiré couleur de myosotis témoignait du passage de Linwen, et encore commença-t-il peu à peu à se dissoudre en une fine rosée sur les buissons de myrtilles au-delà de la courte plage.
Cependant, au cœur du lac, là où la lumière parvient à grand'peine à dissiper les ombres même quand le soleil passe à la verticale du lac, des ondulations plus claires déchiraient le bleu sombre, des ondulations lentes dessinant une corolle bouclée autour d'un centre d'abord translucide, puis qui s'éclaira progressivement. Et bientôt, dans ce globe de lumière se dessinèrent deux grands disques d'océan mêlé d'algues reflétant le ciel nuageux. La Renaissance commençait.