Hypnose
Engouement fugace pour une voix subtile qui en douce se faufile vers mon esprit somnolent. Influence sournoise des paroles susurrées, injonction tranquille qui n'admet ni rejet ni indifférence. Mes paupières lourdes frémissent, mon bras s'étire lentement mais sûrement vers la canne, s'en saisit.
Soudain, un son clair et bref, résonnance cristalline aux modulations silencieuses. Mon corps s'arcboute, comme électrisé par cet éclat sonore. En un instant, je suis debout et alerte, l'oreille aux aguets, les muscles tendus, mais l'esprit toujours cotonneux, pris dans une ouate que le rythme qui bat sourdement sur une fréquence muette maintient fermement.
Tout en marchant d'un pas sûr, je vois la lame tirée hors de son fourreau par ma main d'un geste expert qui m'est inconnu. Une porte, deux, un long couloir, une chambre, un rideau. Je me dissimule sans un bruit. Temps incertain de l'attente.
Bruits de pas, des bottines claquent sur le carrelage, puis le son étouffé sur la moquette. Signal, la lame jaillit et le sang coule. Sursaut d'horreur venu des tréfonds de ma conscience muselée devant le corps encore convulsif : un tressaillement violent agite ma main, la lame glisse et tombe avec un bruit sourd. Puis, relâchement soudain de l'emprise, mon corps s'effondre. Noir. Rideau.